La nutrition du chiot après le sevrage demande une grande rigueur, car ses besoins sont différents de ceux d’un adulte, et les conséquences d’un déséquilibre encore plus immédiates et problématiques.

L’énergie

Le chiot utilise en moyenne 50% de l’énergie apportée pour la maintenance, c’est à dire ses fonctions vitales et sa dépense énergétique quotidienne, et 50% pour la croissance. Afin de déterminer le besoin énergétique du chiot, il est nécessaire de connaître la race, ou le croisement, ou à défaut une estimation du poids adulte qui pourra être affinée par la connaissance du poids de forme des parents (poids avec un BCS optimal). En cas de doute, il est préférable de choisir une estimation un peu plus basse, ainsi que de maintenir un chiot un peu “sec” afin de limiter les atteintes articulaires et la favorisation d’une prédisposition à l’obésité ultérieure. On peut considérer que la croissance (qui correspond à la prise de poids quotidienne) s’effectue en trois grandes étapes, avec une prise de poids constante, puis passe par un pic de croissance pour enfin diminuer et s’arrêter. Suivre ces étapes ainsi que les étapes intermédiaires est primordial, c’est la raison pour laquelle les rations d’un chiot doivent être régulièrement recalculées afin de fournir un apport énergétique en corrélation avec son stade de croissance.

Les protéines

Les besoins en protéines du chiot en croissance sont différents de l’adulte typique en maintenance. La quantité et la qualité (donc la digestibilité) sont à prendre en compte dans la formulation. Selon les recommandations NRC2006, le besoin en protéines pour les chiots à partir de 14 semaines est de 17.5% sur matière sèche avec une fourchette idéale comprise entre 22 et 32%. Certains acides aminés comme l’arginine sont considérés essentiels pour les chiots en croissance alors qu’ils ne le sont pas pour les adultes. Un autre moyen de moduler l’apport protéique de la ration est d’ajuster le ratio protido calorique (RPC: soit la quantité de protéines en grammes pour 1000kcal), on préférera cependant de ne pas dépasser 125-130 pour les chiots. En effet, un apport trop important en protéines pendant la croissance pourrait contrairement aux idées reçues conduire à un déséquilibre et à des troubles de la croissance. Une étude réalisée par Kronfeld (1989) a établi un RPC optimal compris entre 75 et 125. Il peut être modulé grâce au reste de la ration notamment les fibres et les féculents.

Calcium, phosphore et minéraux

Si ces minéraux doivent être pris en compte avec suffisamment de considération pendant toute la vie du chien, la croissance constitue une étape cruciale afin d’éviter tout trouble ostéo-articulaire résultant d’un déséquilibre à court, moyen et long terme. Les besoins en calcium et en phosphore sont plus élevés que chez l’adulte, et on sera attentif au ratio Ca:P. Notons qu’un ratio inférieur à 1 donnera lieu à un risque d’hyperparathyroïdie secondaire avec déminéralisation osseuse pouvant favoriser certaines fractures notamment spontanées. A l’inverse, un apport calcique en excès donnera lieu à des déformations osseuses. Cela aura également des répercutions sur l’absorption de certains minéraux comme le zinc puisque le calcium diminue son absorption et que le zinc joue un rôle important pendant la croissance par son action de synthèse protéique (raison pour laquelle dans l’absolu on préfère donner les deux compléments à des repas différents, ou formuler avec une “marge de sécurité”). En fonction du type de chien, on considèrera un Ca:P optimal compris entre 1.3 et 1.4. Maîtriser ce ratio n’est malheureusement pas possible avec les os charnus puisqu’à ce jour aucune donnée fiable et officielle ne nous permet de connaître précisément les valeurs en Ca et P des os. C’est la raison pour laquelle pendant la croissance on favorisera un complément phosphocalcique (poudre d’os et/ou lithothamne) afin pouvoir parfaitement maîtriser ces minéraux. Il sera possible à la fin de la croissance de le substituer par des os charnus.

Le reste des minéraux doivent être inclus selon les besoins du chiot en croissance tout en tenant compte, comme pour les adultes, des interactions avec les autres nutriments.

Les vitamines

Les vitamines liposolubles D et A peuvent être très problématiques si distribuées en excès pendant la croissance en raison de leur rôle direct sur la croissance osseuse. Un excès de vitamine A donnera lieu à des excroissances osseuses (ostéophytes) alors que la vitamine D aura un impact sur la formation osseuse en lien direct avec la fixation du calcium. Voyez donc à quel point tout est lié et nécessite d’être très prudent lorsque l’on formule pour un chiot. Les vitamines B ne nécessitent pas d’attention supplémentaire à celle accordée à la couverture des besoins, si ce n’est à l’apport en folates et B12.

Les lipides

Les lipides jouent plusieurs rôles essentiels : assurent une source d’énergie hautement digestible pour le chiot, permettent de distribuer les vitamines liposolubles, et sont évidemment un source d’acides gras essentiels. Ils ne doivent pas être négligés et seront distribués sous forme d’huile végétale à travers l’huile de colza, que l’on préférera vierge, bio et première pression à froid, constitue l’huile la mieux équilibrée en omégas 3-6-9, ainsi que sous forme de poissons gras permettant un apport en EPA et DHA. Cependant, une supplémentation en EPA DHA sera souvent nécessaire chez le chiot afin de promouvoir le développement des fonctions visuelles et cognitives.

Les glucides

Les féculents, principale source de glucides et d’amidon sont sources de controverse. Bien qu’ils ne soient pas indispensables ni vitaux dans l’alimentation du chien quel que soit son stade physiologique, ils peuvent être d’un grand intérêt si ils sont bien choisis et bien distribués, dans des quantités maîtrisées. Ils permettront notamment selon ceux que nous choisirons d’apporter des minéraux, des fibres, des antioxydants, de favoriser une digestion difficile ou de faire baisser le RPC de la ration lorsque cela s’avère nécessaire. En conclusion, il est tout à fait possible de faire sans, mais ils sont loin d’être inutiles contrairement à ce qui peut se lire sur la toile.

Pour conclure

La formulation d’une ration pour un chiot en croissance doit pouvoir être faite ou contrôlée par un professionnel si vous souhaitez une ration sans CMV ou une ration type BARF. Si vous ne pouvez pas faire appel à un professionnel et que vous avez peur de faire des erreurs, bien que je sois loin de porter l’alimentation industrielle dans mon cœur, il sera toujours préférable de donner des croquettes adaptées au stade physiologique plutôt que de donner une alimentation déséquilibrée à un chiot. Il sera toujours temps de changer son alimentation à une période moins critique !

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