Je crois que tous les professionnels en nutrition ont leur petit chouchou. Non, je ne parle pas des chiens ou des chats qu’ils suivent (même si parfois il faut reconnaître que certains ont un petit quelque chose en plus…), mais des nutriments avec lesquels ils collaborent habilement. Pour certains, c’est le sélénium, pour d’autres les omega 3… et moi c’est la vitamine E.

La biographie de la vitamine E en bref

La vitamine E est un terme qui désigne en réalité un groupe de tocophérols. Il existe naturellement 8 isomères de vitamine E : 4 tocophérols et 4 tocotrienols. Pour faire simple, la forme dite naturelle que l’on pourra trouver dans nos compléments disponibles est l’alpha-tocophérol (α-tocophérol) et la forme synthétique la dl-alpha-tocophérol (dl-α-tocophérol). La forme α-tocophérol est la forme la plus biodisponible. Les tocotrienols sont moins disponibles que les tocophérols, il est donc important de savoir de quel isomère nous parlons pour en proposer la quantité adéquate. C’est une vitamine liposoluble qui est absorbée dans l’intestin, et dont l’absorption est par conséquent facilitée par l’ingestion simultanée de lipides. Son utilisation est plutôt sécuritaire et il n’a pas été établi de dose maximum, cependant, elle peut à forte dose influencer le temps de coagulation, on préférera donc arrêter sa supplémentation avant une chirurgie par mesure de précaution, ou reconsidérer son utilisation chez des animaux souffrant de troubles de la coagulation.

L’appel de la nature et l ‘influence du petfood

Parlons peu parlons bien, et commençons par un peu d’histoire, car lorsqu’on me dit qu’il faut écouter la nature pour comprendre la nutrition puisque les espèces ont perduré sans science (ou pas) à travers les âges, on connait la musique, je me demande à quel point ces préceptes sont appliqués pour eux-mêmes par les humains qui les avancent, et qui ne doivent donc jamais se rendre chez le médecin, ne jamais lire le dernier article à la mode sur la spiruline avec plein de sources scientifiques qui prouvent ou pas les bienfaits de ce super-aliment (après tout les études scientifiques c’est pour ceux qui ne veulent pas réfléchir non ?), et autres considérations hasardeuses de ce type. On entend aussi régulièrement que les valeurs nutritionnelles connues reposent sur les avis biaisés des petfooders qui ne les ont créées que pour répondre à leurs propres besoins. La boucle est bouclée, mieux vaut faire confiance au hasard, vous l’aurez compris.

En fait, on a commencé à étudier les besoins en vitamine E en 1939, et c’est à partir de ces premières études qu’on s’est rendu compte quelques années plus tard qu’il était nécessaire de prendre en compte les apports en sélénium de la ration et en acides gras polyinsaturés pour prévenir leur oxydation. Bien avant la première croquette non ?

La vitamine E, pourquoi ?

La vitamine E, elle a plein de super pouvoirs, normal, elle est anti-oxydante. Une étude a montré que l’augmentation de l’apport en vitamine E chez les chiens sénior améliorait le fonctionnement immunitaire (1) ou que la quantité de vitamine E ingérée était directement liée à quantité de vitamine E contenue dans les tissus cutanés, rendant alors son utilisation utile dans certains troubles dermatologiques (2). Elle a d’autres bottes secrètes, comme par exemple avoir la capacité de piéger les radicaux libres et limiter ainsi le stress oxydatif, et c’est directement lié à son activité anti-oxydante. Elle travaille main dans la main avec le Sélénium, un minéral aussi anti-oxydant, et certains acides aminés soufrés. Plus généralement, elle est impliquée dans les processus de reproduction, dans le bon fonctionnement immunitaire et cellulaire et pourrait même induire l’apoptose (3).

En bref, la vitamine E :

  • Prévient l’oxydation des acides gras apportés dans la ration
  • Participe à la bonne santé cutanée
  • Réduit le stress oxydatif
  • Participe au fonctionnement normal de différents processus métaboliques

La vitamine E, comment ?

Maintenant qu’on sait pourquoi il est important de distribuer de la vitamine E, voyons en pratique comment le faire.

Tout d’abord, afin d’anticiper certaines affirmations, OUI, je confirme qu’il existe des aliments “riches en” vitamine E. OUI, il existe des aliments qui théoriquement peuvent couvrir les besoins de l’animal en vitamine E. Mais NON, ils ne peuvent pas être utilisés de façon optimale.

Quels sont ces aliments ?

  • L’huile de tournesol
  • L’huile de germe de blé
  • Les amandes

Comme nous l’avons vu plus haut, la vitamine E doit être apportée pour plusieurs raisons : couvrir le besoin de base du chien, prévenir l’oxydation des lipides, prévenir les dommages sur les cellules liés aux radicaux libres. Ca fait beaucoup de boulot pour une seule petite vitamine. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’apporter plus de vitamine E que le besoin de base du chien, en corrélation avec l’apport en acides gras polyinsaturés (PUFAs) de la ration. On parle de 60mg de vitamine E pour 1g de PUFAs (4), soit environ 5x les besoins d’un chien de 30kg (dont le besoin de base est de 12mg).

Il est donc aisé de comprendre que distribuer de la vitamine E sous la forme d’huile qui contient naturellement plus de lipides que de vitamine ne rend pas la tâche aisée pour tenter d’atteindre ces 60mg/g. Les compléments de vitamine E, bien que sur support huileux nécessaire à son transport et son absorption, sont à l’inverse bien plus concentrés. L’huile de tournesol contient 58mg de vitamine E pour 100g. Une cuillère à soupe, 12g = 7mg de vitamine E. Difficile d’atteindre les doses recommandées avec une à deux cuillères à soupe par semaine. C’est mieux que rien dirons nous, mais est-ce optimal ?

Le mieux est-il l’ennemi du bien ?

Si vous n’êtes pas éleveur, musher ou compétiteur d’agility à temps plein, votre chien ne risque pas sa vie (au moins à court terme) si vous vous en tenez au minimum vital prescrit par les différentes communautés BARF qui consiste en une ou deux cuillères d’huile de tournesol par semaine, ou espérer que les aliments en apportent suffisamment. Néanmoins, le rééquilibre des rations en micronutriments s’accompagne généralement d’améliorations visibles sur l’animal, et la vitamine E ne fait pas exception souvent associée au zinc sur la qualité de la peau et du poil.

Le mieux deviendra l’ennemi du bien lorsque le bien ne sera plus porté à la faveur du hasard et de l’espoir que les choses se déroulent correctement sans aucune maîtrise.

 

(1) Hall et al, 2003; Meydani, 1998
(2) Jewell et al, 2002
(3) Brigelius-Flohe et al, 2002
(4) SACN 5e édition

La Cantine d'Owen

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