A cette question, je suppose que vous seriez tenté de répondre oui, du moins le monde de la nutrition animale au sens large. Pour cause, on peut lire très souvent que ce sont les petfooders qui ont déterminé les besoins nutritionnels de nos animaux, façonnant ainsi leur alimentation au gré de leurs besoins et de leurs intérêts cupides, anéantissant ainsi tout espoir d’obtenir une alimentation scientifiquement équilibrée et de façon totalement indépendante.

Qu’en est-il réellement ?

Pour déterminer les besoins d’un animal, qu’ils soient énergétiques ou nutritionnels, on peut suivre les recommandations de trois organismes :

  • Le NRC
  • La FEDIAF
  • L’AAFCO

Ici, c’est le NRC qui nous intéresse, puisque c’est celui que j’utilise et qui tend à être cité et utilisé de plus en plus pour formuler des rations ménagère ou BARF équilibré.

Qu’est-ce que le NRC ?

C’est l’accronyme du National Research Council, qui est une branche de l’Académie Nationale des Sciences, de l’ingénierie et de la médecine aux Etats Unis. Le but fondamental du NRC est de produire des rapports dans le but de faire progresser la recherche, la science et la médecine. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif chargée de collecter et compiler les données de la recherche fondamentale sur la nutrition des chiens et des chats (mais pas seulement !), afin d’en extraire les minimums, maximums et apports recommandés pour un nutriment donné.

Le NRC produit des ouvrages intitulés « nutrient requirements of [placer l’espèce souhaitée] », ici « dogs and cats », mais il en existe plein d’autres, sur les poissons entre autres, ouvrage qui nous permet de déterminer quels poissons sont concernés par la thiaminase par exemple (sympa ces petfooders !).

Le NRC a publié plusieurs versions de son ouvrage destiné aux chiens et aux chats, dont la dernière date de 2006. Les recommandations qui y sont présentées ont été formulées par un comité ad hoc composé d’un président et de neuf autres membres experts dans la nutrition du chien et du chat. Vous attendez le moment où vous allez lire que ces experts nous viennent directement de Mars ou Nestlé ? Désolée, huit étaient des universitaires et le dernier était un consultant indépendant.

Les recommandations sont faites pour les aliments industriels, et non pour des aliments frais

Les recommandations du NRC ne sont pas, comme expliqué plus haut, formulés par des industriels pour une alimentation industrielle. La FEDIAF et l’AAFCO utilisent les recommandations du NRC pour formuler des profils nutritionnels adaptés à une alimentation industrielle, elles servent en somme de point de départ pour un type d’alimentation donné. D’autre part, les recherches compilées dans le but d’établir ces recommandations sont réalisées avec des aliments hautement biodisponibles, difficiles à reproduire dans des process de formulation industrielle, et il inclut également des études réalisées sur des régimes purifié, seuls capables de déterminer les besoins biologiques pour un nutriment donné, excluant ainsi tout élément susceptible d’interférer avec l’absporption dudit nutriment. Ainsi, que vous soyez BARFeur ou petfooder, le NRC est -ou devrait etre- votre point de départ.

Les idées reçues

Si vous pensez encore à ce stade de la lecture que tout ceci n’a aucun sens, essayez de prendre de la hauteur sur la situation.

On lit régulièrement sur les réseaux sociaux qu’utiliser des recommandations nutritionnelles ne repose sur rien de fondé (entre autre à cause de cette croyance de lien avec le petfood), mais qu’en est-il de les reposer sur une considération empirique d’un état naturel du chien (par nature inexistant), visant à reproduire le modèle alimentaire d’une autre espèce que la sienne, alors même que tous les adeptes de cette méthode de calcul sont incapables de se mettre d’accord sur la répartition et le contenu d’une telle alimentation ? Avouons ici qu’il existe au moins un consensus scientifique quant aux besoins nutritionnels, à défaut qu’une telle unanimité puisse exister dans les communautés de particuliers prônant un retour à la nature.

Le but ici n’est pas de répondre à chaque nouvelle idée reçue qui fleurit chaque jour sur l’inutilisté de suivre des recommandations scientifiques car il faudrait bien plus d’un article, mais bien de soulever le fait que formuler une ration selon les données de la science (indépendante !) ne peut être critiquable qu’en cas de réelle méconaissance de cette dernière. 

Enfin, ces recommandations sont un outil à disposition de la personne qui formule. Nous serions de bien mauvais professionnels si nous nous limitions à suivre ces recommandations à la lettre sans tenir compte d’un ensemble de paramètres bien plus complexes, et serions bien loin des valeurs d’individualisation auxquelles la plupart d’entre nous sommes attachés. La nutrition est une science complexe, que nous apprenons et dont nous remettons chaque jour en question les acquis, afin d’évoluer et de faire évoluer notre pratique dans le but d’offrir un service de qualité, et le plus juste possible.

La Cantine d'Owen

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