Devriez-vous nourrir votre chien une fois par jour ?

Selon une étude parue récemment

Once‑daily feeding is associated with better health in companion dogs: results from the Dog Aging Project

C’est le titre d’une récente étude publiée le 18 avril 2022 qui fait le tour des réseaux sociaux (en particulier outre Atlantique). On peut lire sur les publications que selon cette étude, nourrir les chiens une fois par jour permettrait de réduire le risque de cancers, de problèmes bucco-dentaires, de pathologies rénales ou urinaires, et même de diminuer les problèmes de dysfonction cognitive.

Presque aussi prometteur que de passer son animal au BARF selon les pionniers de ce régime ! (Ironie).

Allons voir en détail cette étude, au-delà de sa conclusion.

Petit point sur la méthode.

La sélection des chiens participant à cette étude a été faite via les réseaux sociaux, les médias ou par le bouche à oreille. Les propriétaires ont simplement répondu à un questionnaire pour y participer.

Ainsi, nous ne sommes pas là sur une étude contrôlée dans laquelle on aurait pu maîtriser tous les paramètres qui pourraient interférer avec le sujet auquel on s’intéresse. Par ailleurs, on peut à ce stade supposer que si les données sont simplement déclaratives, il y a de fortes chances qu’elles soient biaisées.

Pourquoi on ne peut pas se fier uniquement au résumé des réseaux sociaux ?

Ces résumés sont eux-mêmes basés sur le résumé de l’étude, et sa conclusion. Il manque le plus intéressant et surtout le plus important : le contenu, ce qu’on appelle la « discussion », qui est entre les deux, et dans laquelle les auteurs nous disent que :

« Toutes les données sont rapportées par le propriétaire et sont donc sujettes à des erreurs d’interprétation »

« Nous n’avons pas été en mesure de comptabiliser les chiens signalés comme nourris une fois par jour mais qui ont reçu des collations ou des friandises tout au long de la journée

« Il est important de noter que cette étude ne montre pas de causalité »

Revenons sur ce dernier point.

On distingue deux liens d’une manière générale. Les liens de causalité et les liens de corrélation. Une corrélation est un lien statistique, sans qu’on se demande quelle variable agit sur l’autre alors qu’une causalité est un lien qui affirme qu’une variable agit sur une autre. Dans le cas présent, un lien de causalité permettrait d’affirmer que le seul fait de ne manger qu’une fois par jour entraine une diminution du risque de cancer. Cela signifie que la seule variable (=manger une fois par jour) entraine le résultat (=diminuer le risque de cancer). Dans ce cas-ci, on est sur une corrélation. Pour donner un exemple concret de corrélation, je vais prendre l’exemple cité dans l’article « Corrélation statistique : prudence à l’interprétation »

« Pour vivre plus longtemps, consommez moins de viande.

 Il y a une certitude que nous pouvons dire à ce propos : ce n’est pas parce que l’on mange plus de viande que nous allongeons notre espérance de vie. Il s’agit d’une fausse corrélation. En effet, la corrélation observée n’a rien à voir avec une relation de cause à effet (on parle de causalité). Pour des raisons bien connues, l’espérance de vie est plus élevée dans les pays développés. Si on regarde de plus près le graphique, on voit effectivement que les pays dont les habitants ont une espérance de vie élevée sont des pays développés. Or, les pays développés sont riches et de ce fait on y consomme beaucoup de viande. Ainsi, dans ce cas, consommation de viande et espérance de vie sont liées à une cause commune : la richesse du pays. C’est parce que le pays est riche qu’on y consomme plus de viande et que l’espérance de vie est élevée. »

Dans notre cas, “la viande rouge cause le cancer” = “nourrir une fois par jour prévient du cancer”. Cela reviendrait à dire que la dernière chose que quelqu’un a fait avant de mourir était de boire de l’eau, donc l’eau provoque la mort. 

Maintenant revenons à la dernière citation de l’étude qui nous intéresse :

« Compte tenu des limites de cette étude transversale, les résultats de cette enquête ne doivent pas être utilisés pour prendre des décisions concernant l’alimentation ou les soins cliniques des chiens de compagnie ».

En gros, il y a des corrélations possibles, mais aucune causalité ne permettant d’en tirer une certitude, et ce sont les auteurs eux-mêmes qui le disent.

Et au final, que faire ?

A ce stade ? Rien.

Ne pas foncer tête baissée en lisant les publications qui ne sont tirées que d’une conclusion alléchante de l’article.

S’adapter à son animal avant tout. Pour les animaux avec des problèmes digestifs, des problèmes de comportement en lien avec l’alimentation, des antécédents ou prédispositions de SDTE, diabétiques, ou avec d’autres problèmes de santé, il est préférable de nourrir au moins deux fois par jour. Pour les autres, si nourrir une fois par jour convient à l’animal et au propriétaire : c’est ok.

 Le tout, c’est de ne pas vite faire sauter le repas de son chien sur la seule base de cette étude car il devrait supposément manger une fois par jour pour être en meilleure santé.

D’une manière générale, quand c’est trop beau pour être vrai, assurez vous que c’est bien le cas !